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mardi 28 juin 2011

Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons



Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons de Jasper Fforde
Fleuve noir - Territoires 2011 /
15.90 €- 104.15 ffr. / 296 pages

ISBN : 978-2-265-09306-5
FORMAT : 14cm x 22,5cm
Traduction de Michel Pagel

Fanta(i)sie ffordienne


Prenez une jeune orpheline, élevée au couvent des Bienheureuses du Homard, propulsée directrice suppléante de Kazam, l’une des deux dernières «Maisons d’enchantement» des Royaumes Désunis et qui se retrouve chargée d’exterminer le dernier dragon de Dragonie, un territoire au centre de bien des convoitises. Qui, à part Jasper Fforde, pouvait donc imaginer une histoire aussi folle ?

On connaissait l’inclassable Britannique pour son excellente série de thrillers littéraires totalement décalés mettant en scène Thursday Next, une détective qui opère à l’intérieur de la fiction (cinq romans déjà traduits chez Fleuve Noir et le sixième à paraître). Premier opus de ce qui devrait devenir une trilogie, c’est à un public plus jeune que s’adresse Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons, ou les aventures d’une adolescente entourée de magiciens caractériels, manipulée par un roi fourbe et attendrie par un vieux dragon au final très délicat. Flanquée de son fidèle quarkon, un improbable animal à l’aspect terrifiant et dotée d’Exhorbitus, l’épée magique du Tueur de dragons, Jennifer lutte pour que justice et vérité l’emportent, aidée dans sa tâche par le jeune Grizz Crevettes, enfant trouvé comme elle et particulièrement doué pour la «carrière d’agent en Arts Mystiques».

Jasper Fforde définit son projet comme «un antidote à des romans plus sérieux sur les sorciers et les trolls». Révolue en effet «l’époque où la magie était puissante et non réglementée par le gouvernement, si bien qu’on avait le droit de tisser même le sort le plus ambitieux sans remplir le formulaire d’autorisation B1-7G» ; la sorcellerie est devenue «une industrie en phase de déclin ultime. Jadis, les sorciers conseillaient les souverains ; à présent ils réparaient les installations électriques et débouchaient les canalisations» Ou bien se servent de tapis volants pour livrer des organes ou des repas à domicile !

Derrière le conte farfelu se cache aussi un propos un peu plus sérieux. Le romancier procède comme à son habitude, il crée un monde imaginaire qui par ses travers et dérives ressemble furieusement au nôtre et dénonce pèle-mêle, l’argent et la convoitise qu’il suscite, l’instinct grégaire des foules, l’indigence de certains médias ou encore la tentation pour un dirigeant d’abuser de son pouvoir. Cependant ce qui intéresse avant tout Jasper Fforde, c’est amuser ses lecteurs. Et là encore, il y parvient pleinement. Si l’intrigue est volontairement moins complexe que dans la série des Thursday Next et les références littéraires moins nombreuses et plus accessibles, les jeux de mots foisonnent (une horreur pour le traducteur qui s’en est brillamment sorti) et l’humour ffordien fait mouche. Un plaisir que l’on peut sans l’ombre d’un doute goûter à tout âge !

Florence Bee-Cottin
( Mis en ligne le 22/06/2011 ) Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2011

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